Lettre de l’investisseur

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Lettre de l'investisseur

Revue mensuelle des marchés financiers et perspectives

Mars 2022

Macroeconomie

Les marchés financiers ont poursuivi leur tendance à la volatilité en 2022. Le principal facteur de risque est passé du resserrement de politique monétaire à la géopolitique. Le début du mois a été dominé par l’inflation. Les prix ont augmenté à un rythme record de 7,5% en janvier aux Etats-unis, toutes les composantes affichant à nouveau de forts gains: énergie, alimentation, logement et biens. Les inquiétudes ont été alimentées par les pressions salariales dans un contexte de marchés du travail tendus. Les anticipations d’inflation ont également commencé à dépasser l’objectif de la banque centrale, 2% à moyen terne.

En Europe, une dynamique similaire, mais plus modérée, s’est installée. L’inflation a dépassé les 5% pour la première fois depuis les années 1980. Malgré l’affaiblissement des cas de Covid et le relâchement des contraintes sur l’activité, la politique de Covid zéro en Chine a continué à exercer une pression sur les chaînes d’approvisionnement, le fret et l’inflation des marchandises. 

Il en a logiquement résulté des attentes plus élevées en matière de resserrement de la politique monétaire. Aux Etats-unis, les marchés sont allés jusqu’à prévoir un resserrement de 165 points de base cette année. Cette tendance a été alimentée par les commentaires des membres du FOMC. En Europe, C. Lagarde a également refusé d’exclure un relèvement des taux d’intérêt en 2022, ce qui a conduit les marchés à prévoir pas moins de 50 points de base de relèvement et la fin de la politique de taux négatifs.

Ce scénario a été complétement bousculé par l’escalade des tensions en Ukraine. En dépit des multiples efforts diplomatiques déployés par les Européens, la Russie a lancé une invasion de l’Ukraine à la fin du mois de février. Les sanctions de l’Occident se sont rapidement multipliées, notamment le gel des avoirs extérieurs, l’exclusion du système de message SWIFT et des marchés financiers mondiaux pour les institutions financières russes. Plus important encore, les pays occidentaux ont gelé les actifs détenus par la banque centrale russe à l’étranger, qui représentent environ 40% des 630 milliards de dollars de réserves.

Macroeconomie (suite)

Cette sanction surprise a déclenché l’effondrement du rouble et l’augmentation des primes de risque de défaut sur les grandes entreprises russes, les banques et l’Etat lui-même. Parallèlement, l’UE a décidé de soutenir militairement l’Ukraine pour la première fois depuis sa création.

La Chine a maintenu une position neutre dans le confit, mais s’est abstenue d’apporter son soutien à la Russie pour contourner les sanctions internationales. Cela a renforcé la pression sur la Russie pour qu’elle remporte rapidement une victoire militaire en Ukraine et ouvre les négociations dans une position favorable.

Marchés Actions

double peine balance

Les marchés actions ont à nouveau connu une baisse marquée en février, frappés par la hausse des taux d’intérêt d’abord et par le risque géopolitique ensuite. 

La Russie a connu un effondrement complet, avec une chute de près de 50% en dollars en février. La contagion a été étonnamment limitée sur les marchés émergents, à l’exception de l’Europe de l’Est. Les autres marchés ont enregistré des performances plus que correctes, notamment le Brésil (+11%) et l’Afrique du Sud (+8%).

Sur les marchés développés, l’Europe a sous-performé (-5%), suivie par les Etats-Unis (-3%), la Suisse et le Japon (-2%). Le Royaume-Uni a surperformé (0%), grâce au poids important de l’énergie et des matériaux dans l’indice.

Au niveau sectoriel, l’énergie a été le principal bénéficiaire de la hausse du prix du pétrole et du gaz. A l’inverse, la tech américaine et les financières européennes ont été les plus malmenées par les deux principaux risques. 

Marché Obligatoire

La diversification a de nouveau échoué en février, la baisse des actions s’ajoutant à la hausse des rendements obligatoires et à l’écartement des spreads de crédit. Une fois encore, l’Europe a sous-performé en matière de crédit, le High Yield perdant près de 3% sur le mois et les obligations IG 2,5%. Les pertes ont été moins importantes aux Etats-Unis, notamment pour le HY (-0,7%).

Concernant les taux, les taux réels et les points morts d’inflation ont évolué dans des directions opposées au cours du mois. Les taux réels ont commencé le mois en hausse en raison des anticipations de politique monétaire, avant de se retourner avec l’aversion au risque. Les points morts ont réagi à l’évolution des prix du pétrole après le début de la guerre.

Le crédit financier a également subi une forte correction et ouvert des opportunités. Nous restons tactiques dans la gestion de la duration et ajoutons progressivement une exposition au crédit.

Sous-performance Européenne

Devises

La principale dynamique des devises du G10 a été la baisse de l’euro vers la fin du mois. La monnaie commune est retombée à 1,11 contre le dollar américain, mais a également atteint de nouveaux planchers par rapport au franc suisse (1,02). Dans le même temps, les devises exposées aux matières premières ont bénéficié de la hausse massive des produits agricoles et énergétiques: le dollar australien, le dollar néo-zélandais et la couronne norvégienne ont été les plus performants.

Sur les marchés émergents, le mois a été dominé par la chute massive du rouble (-30%). Le forint hongrois et la couronne tchèque ont également souffert de cette chute. Les monnaies asiatiques et latino-américaines n’ont en revanche pas été affectées.

Matières premières

Pétrole

Le pétrole a été une fois de plus l’actif le plus performant dans les allocations le mois dernier. Les prix du pétrole ont atteint 110$ le baril, leur plus haut niveau depuis 2014. Les prix ont bénéficié d’importants flux spéculatifs, cherchant à se protéger contre la montée des tensions géopolitiques.

La position de la Russie dans l’OPEP+ rend également difficile l’augmentation de la production à court terme. Les prix du gaz ont suivi le chemin de la hausse, reflétant les anticipations d’interdiction d’exportation de la Russie.

pétrole en ébullition

Matières premières

Or

L’or semble enfin sortir de sa récente fourchette. La baisse des taux réels et la hausse de l’aversion au risque l’ont poussé au-dessus des 1 900 dollars l’once.

Nous pensons qu’il est temps d’ajouter une exposition à l’or dans un contexte de volatilité et d’aversion au risque. Avec une moindre pression de la politique monétaire, son pouvoir de diversification devrait également s’améliorer à l’avenir. 

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